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André Rivière avec un petit saumon, et Emmanuel Gladel, guide de pêche.
Rivière Spey, Ecosse
(Photo Thierry Willems)
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Le 22 juillet dernier, je suis retourné en Ecosse pour pêcher la rivière Spey. Le mot Spey évoque chez les pêcheurs de saumon un lancer particulier, le Spey Cast. La Spey est donc une rivière à saumon. C’est une des quatre grandes rivières à saumon d’Ecosse, avec la Dee, la Tay et la Tweed.
Je suis allé pour la première fois pêcher la Spey début mai 1985. J’avais vu une publicité d’Arthur Oglesby qui donnait alors des cours d’apprentissage du Spey Cast à Grantown-on-Spey, et je m’étais inscrit. Je ne savais pas pêcher avec les cannes à deux mains, et je voulais apprendre. Arthur Oglesby était le plus célèbre pêcheur de saumon de Grande-Bretagne, une véritable légende vivante qui gagnait sa vie en écrivant des articles, en faisant des films, des vidéos, des livres, des cours de pêche et des voyages qu’il organisait tant en Islande qu’en Norvège, en Alaska puis en Russie. En 1986, Paul Boyer, rédacteur en chef de Connaissance de la Pêche puis de Pêche Magazine, m’avait chargé de demander à Arthur s’il pouvait nous écrire quelques articles que je traduirais. Arthur avait accepté et m’envoyait régulièrement des feuillets dactylographiés accompagnés de superbes photos, dont certaines diapositives prises en moyen format. Nous avions sympathisé au point qu’il m’avait demandé fin 1987 de l’assister lors de ses cours d’été, notamment pour lui servir d’interprète auprès de Français intéressés par l’apprentissage du Spey Cast. Plus tard, il m’avait encore demandé de contribuer à la rédaction d’un livre qu’il faisait sur les mouches à saumon avec John Buckland : “A Guide To Salmon Flies”.
La Spey, je l’ai donc pêchée de 1985 à 1990, date à laquelle Arthur Oglesby, contre toute attente, a perdu la possibilité de faire pêcher ses élèves sur le célèbre parcours de Castle Grant, à l’aval immédiat de Grantown-on-Spey. Il lui était reproché de faire pêcher des débutants ce qui aurait fait baisser les statistiques de captures sur le parcours, et aurait donc nui aux augmentations de tarif… Arthur avait contesté ces reproches. “Mes élèves ont appris à pêcher, et une grande partie d’entre eux sont des habitués qui reviennent d’année en année. Que savez-vous de l’expérience des autres pêcheurs qui réservent sur vos parcours ?” Il avait raison, mais, malgré des statistiques de captures qui lui étaient favorables, il n’eut pas pour autant gain de cause. Il me déconseilla de venir les années suivantes : “Sans un parcours privé, les chances d’attraper un saumon sont minimes, ça n’a pas d’intérêt.” Fin 1993, il me contacta parce qu’il avait réussi à avoir 6 cannes sur le non moins fameux parcours de Tulchan. J’y retournai donc en août 1994 et 1995. Mais en mai 1995, ce fut aussi l’année où j’allais pour la première fois sur l’Umba, rivière du sud de la Péninsule de Kola. La Spey, à côté, ne valait pas grand-chose. J’en fis part à Arthur qui me dit avoir été contacté pour pêcher la Varzuga, une rivière voisine de l’Umba, connue pour son très grand nombre de saumons, mais d’assez petite taille en moyenne. Je laissai tomber la Spey qui, selon Arthur Oglesby, ne valait plus la peine, et les années qui suivirent, je rencontrai Arthur aux aéroports d’Helsinki et de Mourmansk, car nous voyagions la même semaine. Arthur est décédé le 2 décembre 2000.
L’an dernier, mon ami André Rivière partit pêcher la Spey avec deux autres amis. Il y retrouvait un guide de pêche Français, Emmanuel Gladel. J’étais intéressé de connaître les résultats, et, à ma grande surprise, il me dit qu’ils avaient touché quelques saumons. Comme il y retournait cette année, et qu’il y avait une place, je me suis joint à eux.
Comme vous le savez sans doute, l’année 2007 a été particulièrement bien arrosée, et nous avons trouvé une Spey à un niveau trop haut. Nous avons néanmoins touché quelques poissons. André a pris deux saumons à la mouche, et perdu plusieurs autres. Pour ma part, j’en ai perdu trois, et raté plusieurs touches. Avec un niveau au moins supérieur de 50cm au niveau normal, cela aurait pu être bien pire. Mais les choses ont changé sur la Spey.
Devant la disparition annoncée du saumon atlantique, les autorités ont décidé de réagir. La pêche au filet à l’estuaire a été supprimée, et la pêche au filet en mer a elle-même été interdite. Ensuite, les pêcheurs à la ligne doivent remettre à l’eau un saumon sur deux qu’ils capturent (le 1er, le 3ème, le 5ème, etc.), ainsi que tous les saumons femelles à partir du 1er juillet. Avec un estuaire préservé, libre et classé, les résultats n’ont pas traîné. Alors que j’avais quitté une rivière dans laquelle ne remontaient plus qu’environ 9.500 saumons chaque année (c’est déjà pas mal par rapport à la plupart des rivières françaises), les migrations ont rapidement progressé et ce sont quelque 94.000 saumons qui auraient remonté la Spey en 2004 ! Comme quoi, il suffit de pas grand-chose pour que les choses s’améliorent.
Je suis donc revenu de ce séjour, gonflé à bloc. J’ai eu le plaisir de renouer avec mes racines, de retrouver l’usage des cannes à deux mains et du Spey Cast. J’ai rencontré des pêcheurs locaux sympathiques et enthousiastes. J’ai même revendu une de mes cannes Loop de 15’ (Multi) avec la soie Loop qui va avec (Classic Spey), à l’un de ces pêcheurs, Derek Boyter. Il n’avait jamais eu pareil ensemble entre les mains et ne pouvait attendre que je le lui expédie. “Le lancer est tellement plus facile avec…” m’a-t-il dit. Le samedi matin, il m’a fièrement montré un saumon qu’il avait pris avec. Alors, l’an prochain, sauf empêchement, j’y retourne, c’est sûr. Et si ça vous dit d’y aller vous aussi, c’est peut-être possible. N’hésitez pas à me contacter.
Pour ne pas être perdu tout seul sur la Spey, je vous conseille d’avoir recours à un guide de pêche. Les services d’un guide de pêche sont inestimables. Il connaît le lancer, la pêche, les mouches et la rivière en fonction de son niveau d’eau. Et si vous n’avez pas les bonnes mouches, lui les a et peut vous les fournir. Autant dire que vos chances de capture sont décuplées avec un guide de pêche. Personnellement, je choisirai de retourner avec Emmanuel Gladel. Il est Français et il a une grande expérience de la pêche du saumon. Il connaît bien la Spey qu’il fréquente plusieurs semaines par an depuis le début des années 2000, après avoir été formé sur l’Allier et les rivières du Québec. De surcroît, c’est un ami de mon regretté ami Paul Boyer : le monde est petit et se retrouve.
A titre indicatif, une semaine de pêche en 2007 coûtait par personne environ 450 euros de permis (parcours public à nombre très limité de visiteurs), plus 450 euros pour le guide, plus 210 euros pour le logement dans un cottage sur une base de trois pêcheurs. A cela, il convient d’ajouter la nourriture (restaurant ou cuisine soi-même au cottage Emmanuel Gladel, ancien chef de cuisine chez Troisgros et chez Alain Ducasse, peut aider…), et le transport. Il faut compter une bonne douzaine d’heures de voiture au départ de Douvres/Folkestone, en Angleterre. Alternativement, Ryanair assure un vol de Paris/Beauvais à Glasgow/Prestwick. J’ai payé 107.61 euros l’aller-retour. En ce cas, il faut prévoir la location d’une voiture, ce qui m’a coûté 177.85 euros chez Hertz, pour une semaine, plus l’essence, bien entendu.
Les chances de capture sont réelles. Bien entendu, vous aurez peu de chance d’attraper autant de saumons en une semaine que vous en auriez en Russie, sur une rivière de la Péninsule de Kola. Mais ce n’est pas du tout le même prix (comptez au moins 7.000 euros aujourd’hui par semaine), et la rivière est à partager en un bien plus grand nombre de pêcheurs qui ne peuvent pas choisir les meilleurs pools en fonction du niveau d’eau, comme c’est le cas à Kola. Enfin, l’Ecosse est beaucoup plus facile d’accès, et offre des intérêts autres que la pêche : magasins, pubs, restaurants, tourisme, etc. En Ecosse, même si la nature est sauvage, vous n’êtes pas coupé du monde civilisé.
La semaine qui suivit notre séjour, Emmanuel Gladel pêcha deux jours, le mardi et le jeudi. Le mardi, il m'appela pour me dire qu'il avait pris deux saumons le matin. Et le jeudi, la rivière ayant baissé, il en toucha six, mais en perdit deux. Cela montre bien les possibilités de capture aujourd'hui sur cette magnifique rivière qu'est la Spey. Mais Derek me dit que le temps changea ensuite, et la pluie fit à nouveau monter le niveau de la Spey d'environ 90cm pour baisser ensuite d'environ 60cm. Un certain nombre de grilse de 4 à 8 livres furent quand même pris.
Espérons bien que l'année 2007 aura connu un temps exceptionnellement tourmenté, et qu'en 2008 les conditions redeviendront normales. On nous parle du réchauffement de la planète. Peut-être s'agit-il là de conséquences de ce réchauffement, peut-être pas. En attendant, il me semblerait nécessaire d'appliquer des règles de précaution. Chacun, à notre niveau, nous pouvons agir en choisissant des voitures qui consomment peu, en limitant nos déplacements en voiture, en remplaçant la voiture par le vélo pour les petits déplacements et les ballades, en remplaçant les ampoules électriques par des ampoules basse consommation, etc. Cela peut sembler dérisoire, une goutte d'eau, mais n'oublions pas que ce sont les gouttes d'eau qui forment les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Ces petites choses mises bout à bout, comptent.
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Thierry Willems finissant un double Spey Cast.
Rivière Spey, Ecosse.
(Photo André Rivière)
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