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 Hugh Curry (à droite) en compagnie de Claudio, et une petite truite de mer très argentée du Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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Le Rio Gallegos, au sud de l’Argentine, est une superbe destination pour la pêche à la mouche de la truite de mer. Attention, je ne veux pas dire que la pêche y est facile, loin de là. Mais c’est le dépaysement total. Pour commencer, vous quittez l’hiver mon avion a pris 2h15 de retard en raison des chutes de neige sur Paris le 4 mars 2005 pour vous retrouver 13h plus tard en été : 30° à Buenos Aires. Bon, il reste encore 3h de vol vers le sud pour gagner Rio Gallegos où la température est plus automnale : 12°. Pas mal quand même. Ensuite, le paysage ne correspond à rien que je connaisse en France. Ici, ce sont les grands espaces. Aussi loin que le regard permet de voir, il n’y a pas une habitation, pas de fil électrique, pas de route. Et quand vous êtes sur le territoire de pêche du lodge de Loop et que vous voyez une habitation, il y a fort à parier que c’est l’hacienda Las Buitreras, où vous logez. Le sol est assez aride : il y a très peu d’arbres, sauf autour de l’hacienda. C’est le vent qui les empêche de pousser… Car c’est aussi l’autre chose à laquelle vous allez devoir faire face : le vent. Presque tous les jours, il se lève vers 10h du matin, culmine en début d’après-midi, pour retomber le soir. Mais il n’y a rien de certain. Du vent à 50km/h, ce n’est pas vraiment du vent. 80km/h, c’est fréquent. Jusqu’à combien ? La semaine précédant ma venue, le vent a soufflé un jour à 150km/h ! Chez nous c’est proche de l’ouragan, là-bas, c’est du vent fort, inhabituel quand même, je vous rassure.
Pêche à la mouche et vent
Comment pêcher à la mouche dans de telles conditions ? Facile. Les guides de pêche viennent nous chercher vers 8h30, et on pêche jusqu’ à 12h45 environ, quand le vent commence à forcir. Le matin, donc, la pêche à la mouche pose moins de problème que l’après-midi. On rentre au lodge pour le repas du midi, qui est le principal repas de la journée. Et on ne repart à la pêche que vers 17h, quand le vent commence à faiblir. Pendant l’ouragan presque quotidien, on ne pêche pas : on mange, on fait la sieste, on monte des mouches… Mais, et quand il y a quand même du vent ? On se débrouille pour pêcher à la mouche quand même. Pour commencer, la rivière n’est pas une grande ligne droite : il y a des méandres. On cherche donc des endroits où l’on va avoir le vent dans le dos, si possible. Ne rêvez pas, un vent parfaitement dans le dos, c’est rare. En général, on l'a de travers, on essaie en tout cas de ne pas l'avoir de face. Il est donc nécessaire d’adapter son lancer. Savoir lancer des deux mains est certainement un plus. Moi, je ne sais pas, pas bien en tout cas. Alors, au besoin, je lance à l’envers, dos à l’endroit où je veux poser ma mouche. Au début, c’est un peu acrobatique, mais avec le temps, on s’y fait et on lance à peu près aussi loin qu’en coup droit classique. Loin ? Ah oui, il vaut mieux savoir lancer loin. Ce n’est pas toujours nécessaire, mais qui peut le plus peut le moins.
Truite de mer et pêche à la mouche
Les truites de mer ne sont pas comme les saumons : ce sont des poissons beaucoup plus craintifs. Il est nécessaire de les approcher avec la plus grande discrétion possible. Il faut donc éviter de s’avancer dans l’eau et, pour cela, préférer allonger le tir. Les longs bas de ligne sont de rigueur quand le niveau d’eau est bas. Les bas de ligne Loop Multi trouvent alors toute leur utilité. Quant à la soie idéale, c’est certainement la Loop Multi Flottante à Pointe Intermédiaire. Une soie complètement flottante n’est pas idéale pour la pêche à la mouche en présence d’un fort vent : la soie est alors entraînée par le vent et tire sur la mouche. Une soie qui plonge légèrement sous l'eau échappe au vent. Je préfère pêcher avec une soie flottante à pointe intermédiaire à une soie entièrement intermédiaire : la partie flottante facilite en effet le contrôle de la dérive de la mouche. Il faut ensuite noter que lorsqu'on attrape une truite de mer dans un pool, on en fait rarement une deuxième, surtout si le poisson saute, comme c’est fréquemment le cas. C’est peut-être la raison pour laquelle il est relativement difficile de réaliser un carton à la truite de mer, contrairement au saumon pardon pour ceux qui n’ont jamais pêché le saumon en Russie et qui n'ont jamais eu la chance que j'ai eue d'attraper 21 saumons atlantiques dans une même journée de pêche, tous remis à l'eau, je vous rassure.
Alors que je suis un fervent défenseur de la pêche de la truite de mer la nuit, comme elle est pratiquée ailleurs en Europe, en Patagonie, la truite de mer se pêche le jour. Bon, il faut dire aussi que la pêche de nuit est interdite en Argentine. Cela dit, vous pouvez compter sur les Scandinaves pour essayer la pêche de nuit. Disons qu’une fois qu’il fait nuit noire, les truites de mer semblent ne plus vouloir mordre. Le meilleur moment de la journée se trouve tout de même à la tombée de la nuit. Ne regrettons rien, il est bien plus amusant d’attraper un poisson quand il fait jour que quand il fait nuit noire. Alors, comme les truites de mer argentines coopèrent le jour, profitons-en.
Les mouches pour pêcher les truites de mer
Les mouches varient grandement avec le niveau d’eau. Par eau basse, il vaut mieux pêcher avec des nymphes plombées sur hameçon de 8 à 12. Le soir, on peut utiliser des mouches plus grosses, genre mouche à saumon, Stoat’s Tail par exemple, ou streamer casqué de réservoir. Certains ont eu du succès avec des gros tube flies. Quand le niveau est plus haut, les mouches à saumon peuvent aussi fonctionner. Mais j’ai un petit faible pour les grosses nymphes avec des pattes en élastique.
Canne, soie, moulinet et bas de ligne pour la pêche de la truite de mer à la mouche
La canne à mouche que j’ai utilisée tout au long de cette semaine (6-11 mars 2005), c’est une Loop Yellow Line de 9’3 pour soie de 7. Cette canne de 129 grammes est un véritable régal. Elle lance magnifiquement bien, aussi bien en coup droit qu’en rouler. Mes guides avaient les yeux exorbités à chaque fois qu’ils l’essayaient. Klaus Frimor, instructeur chez Loop, l’un des meilleurs lanceurs au monde, m’a dit que cette canne à mouche était l’une de ses préférées. Par eau basse, il pêche avec une Loop Grey Line 9’ soie de 5, avec laquelle il a quand même sorti une truite de mer de 9 kilos le dimanche soir de mon arrivée…
La soie qui allait le mieux pour pêcher la truite de mer à la mouche était la Loop Multi Flottante à Pointe Intermédiaire, du numéro correspondant à la puissance de la canne, WF7 donc pour ma canne, WF5 pour la Grey Line de Klaus. Cette soie plonge juste ce qu’il faut, et elle est d’une facilité déconcertante à lancer grâce à son parfait équilibre et à sa glisse fantastique.
Pour le moulinet, j'avais opté, comme lors de mon dernier séjour en Russie, pour une Loop Evotec CLW 5eight. J'adore ce moulinet au frein excellent, dont le poids, très léger, équilibre parfaitement ma canne au point de constituer un ensemble qui se fait oublier dans la main : ça ne pèse vraiment rien, on pêche loin, longtemps et sans fatigue.
Par eau basse, j’utilisais donc un bas de ligne Loop Multi rallongé d’une pointe en 28 centièmes pour atteindre une longueur totale de 5m à 5.50m. Quand le niveau a monté, j’ai basculé sur un bas de ligne plongeant, une pointe Loop Adapted 2 mains pour soie de 7-8 pour être plus précis, en plongeant rapide quand la rivière s’est colorée, puis en intermédiaire quand elle s’est éclaircie, auquel j’ajoutais une pointe en 28 centièmes toujours, d’1.20m environ avec le bas de ligne plongeant, et de pratiquement 2m avec l’intermédiaire.
Bilan d'une semaine de pêche à la mouche
En six jours de pêche, nous avons pris 85 truites de mer à 8 pêcheurs. La plus grosse faisait 9 kilos (pesée), la plus petite environ 1 kilo. La moyenne tournait autour de 4 à 5 kilos. Pour ma part, j’ai pris 9 truites de mer, et décroché 2. Ma plus grosse faisait environ 6 kilos. Sur les 85 truites de mer prises, seules 3 ont été conservées (et mangées) parce qu'elles étaient blessées. Les 82 autres ont été soigneusement remises à l'eau. Je n’ai pas compté les truites FaRio, appelées Maronnes, dont certains sujets dépassaient 2 kilos. Pas plus que le nombre de touches que j’ai ratées. Pour tout dire, je n’ai pas eu une demie journée sans avoir au moins une touche. Que dire d’autre ? Que toutes ces truites de mer se battent magnifiquement et qu’elles laissent, à chaque fois, un souvenir merveilleux. La touche ? C’est peut-être bien sa quête qui nous fait parcourir ces quelques 14 000km qui nous séparent malheureusement du Rio Gallegos…
Si j'y retourne ?
Oui, bien sûr, c'est en tout cas dans mes projets. La saison s'étend de janvier à avril. Je ne sais pas encore quand j'y retournerai, mais les mois de février et mars m'ont bien plu. Si vous souhaitez obtenir plus de renseignements, je vous conseille une petite visite du site Internet de Loop, en Anglais et en Suédois. Cliquez sur le lien Travel, puis sur Rio Gallegos. Si vous ne comprenez pas l'Anglais, ni le Suédois, contactez-moi. Les réservations et règlements se font toujours directemet auprès de Loop, car je ne suis pas agent de voyage. Je peux simplement vous aider à la compréhension des documents en Anglais. Et, bien sûr, vous pouvez préférer vous y rendre la même semaine que moi, surtout si, comme de trop nombreux Français, vous ne parlez que le Français. J'ai la chance d'avoir effectué de nombreux échanges quand j'étais plus jeune, avec un Anglais et un Américain de Louisiane, ce qui m'a permis d'apprendre l'Anglais sur le terrain à un age où le cerveau est comme une éponge. Et quand vous vous retrouvez tout seul au fin fond de la Louisiane, sans autre Français à qui parler, ça fait faire des progrès fulgurants, je vous l'assure.
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 Joaquin Arias (Chizo) et une truite de mer prise à la tombée de la nuit. Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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