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Voyage de pêche à la mouche sur le Rio Gallegos - Jour 6

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Loop Adventures - Voyages de pêche

Rio Gallegos

Voyages de Pêche à la Mouche
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Voyage de pêche 2006 - Jour 1 - Jour 2 - Jour 3 - Jour 4 - Jour 5 - Jour 6

Juan Carlos guide André pour le placer. sur la rivière, Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
Juan Carlos guide André pour le placer. sur la rivière
Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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Truite de mer prise à la mouche, Rio Gallegos, Patagonie, Argentine
Truite de mer prise à la mouche
Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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Thierry Willems aux prises avec une truite de mer, Rio Gallegos, Patagonie, Argentine
Thierry Willems aux prises avec une truite de mer
Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Claudio N Martin)
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Vendredi 24 février, matin

C’est notre dernier jour de pêche de notre voyage. Il fait beau et le vent s’est bien calmé. C’est au tour de Juan Carlos de nous guider. Il nous emmène au-dessus du pont, dans le coin où André a pris un poisson mercredi après-midi… et où j’ai fait une bredouille. Mais il regarde le ciel, la rivière, le soleil, le vent, et il décide que nous allons bien pêcher ce secteur, mais de l’autre côté de la rivière. Il n'y a presque pas de vent, mais au moins nous l'aurons dans le dos.

Il place André dans la rivière. Le coin est superbe. La rivière est large, assez lisse, et il y a de l’eau. De quoi lancer en tout cas !

Il m’emmène plus haut, en amont d’un large virage qui m’empêche de voir André. Près de ma berge, il y a peu de fond et des herbiers. L’autre côté est beaucoup plus attrayant. Juan Carlos me conseille de ne pas dépasser l’herbier si je ne veux pas me retrouver à la nage. Malgré sa désapprobation, j’ai mis ma Rubber Legs. Il reste un moment avec moi puis s’en va voir André.

Je ne fais rien, mais c’est splendide. Si seulement il pouvait y avoir un poisson. Que fait André ? Je ne le vois pas. A-t-il touché quelque chose ? Je le souhaite car sa bredouille de la veille a naturellement entamé son moral, habituellement d’acier. Un remous ! Pas un petit remous, non, un énorme ! Et encore ! On dirait un poisson qui chasse ! Le genre de truc qui, chez moi, fait monter l’adrénaline. Et je ne suis pas loin de le couvrir ce poisson.

J’essaie de me placer au mieux, et j’allonge le tir. Rien. Encore. Rien. Encore. Toujours rien… Si ça tombe, ce maudit poisson se ballade. Il est venu faire un tour là où j’ai aperçu les deux remous, mais son poste est en fait ailleurs… Tout en lançant et en récupérant désespérément ma mouche, j’observe. En face, plus bas, le long de la berge, il doit y avoir un obstacle, car une ligne file en oblique vers le centre de la rivière. Avec un peu de chance, c’est là que se trouve cette truite de mer. Quelques pas vers l’aval, j’allonge le tir autant que je peux. La mouche par Dieu sait quel hasard se pose au ras de la berge là où se forme le V. Et elle descend en longeant la ligne.

Bang ! La touche est d’une brutalité inouïe. Après avoir secoué la tête sur place, c’est le rush vers l’aval. Je suis sur la backing et rien ne semble pouvoir arrêter le monstre qui a attaqué ma mouche. Je dois mettre plus de pression où je vais vite manquer de backing… Mais je me méfie. Il n’y a rien de tel que de freiner plus fort pour se faire casser en rendant le poisson encore plus déterminé à prendre le large. Plutôt que de renforcer le frein, je veux freiner sur le bord de la bobine.

Aïe ! La bobine tourne tellement vite que je me brûle les doigts ! Le backing ? Pareil ! Reste le frein du moulinet. C’est un Evotec CLW 5/8, qui est léger et très efficace. Je l’utilise pour tester le premier prix de Loop, et en attendant que Loop sorte le G3, annoncé, mais pas encore disponible quand je suis parti. C’est bien là un des avantages de l’aluminium sur le composite : c’est plus lisse. Je ne crois pas que je me serais brûlé les doigts sur le bord de la bobine d’un G3. Enfin, j’arrive à augmenter la pression sans me faire casser. La truite de mer – ah non, ça ne peut pas être une marrone ! – ralentit puis s’immobilise. Elle donne de violents coups de tête, comme si elle cherchait à se décrocher, la garce !

Juan Carlos, qui a dû voir quelque chose, arrive. Nouveau rush et saut ! “Oh, là, là !” me fait-il, “C’est une grosse truite de mer !”. Il a mon Canon en bandoulière. “Fais des photos ! Ne t’occupe pas de moi et de la truite de mer, laisse-moi me débrouiller, pour l’instant tu ne peux de toute façon rien faire !” lui dis-je.

En le voyant tenter de faire des photos face au soleil, je comprends vite que je dois à la fois m’occuper de la truite de mer et diriger Juan Carlos dans la prise de photos. Et la truite de mer continue de sauter, de faire des rushs, de sauter à nouveau. Quel combat ! Je vais avoir de superbes photos. Pourvu qu’elle ne se décroche pas au dernier moment !

Petit à petit, la défense du poisson faiblit. Et c’est tant mieux, parce que je commence à avoir mal dans les bras, j’ai les doigts qui me brûlent toujours : je fatigue aussi. Il faut encore que je lui fasse passer l’herbier. Le risque, c’est qu’elle y plonge au plus profond en l’apercevant. Mais non, elle est fatiguée, je tire à présent fort dessus, et elle passe sur l’herbier comme un planche. Elle se ressaisit en sentant la berge approcher, et le danger avec. Juan Carlos a sorti son épuisette. Je ne veux pas qu’il « aille à la crevette avec ».

Je lui demande de se baisser et de laisser l’épuisette dans l’eau : je vais essayer de tirer la truite de mer au-dessus de l’épuisette. Elle vient, elle arrive dessus, Juan Carlos lève l’épuisette, c’est gagné, elle est dedans ! Photos. C’est un poisson d’environ 7,5 kilos me dit Juan Carlos, qu’a rejoint Cesar, le garde-rivière à moto. C’est ma plus belle truite de mer à ce jour. Et quelle bagarre !

Nous descendons voir André. Juan Carlos et César m’expliquent qu’il a perdu une très grosse truite de mer, sans doute un poisson de plus de 10 kilos ! “On ne l’a jamais vue, elle donnait des coups de tête lent et sondait sans cesse le fond de la rivière.” Ce que m’a confirmé un André au moral dans les talons en ce dernier jour de notre voyage. Il avait eu l’impression de crocher une locomotive : “Ça a bien duré 10 minutes, je ne l’ai jamais vue !”

Nous changeons de secteur, traversons le pont et partons pêcher plus en amont où ni André ni moi n’avons jamais rien attrapé. C’est pourtant un bon pool où d’autres ont fait du poisson. Malgré nos efforts et ceux de Juan Carlos, nous ne touchons rien. Mais quelques truites de mer ont sauté comme pour nous saluer…

Vendredi 24 février, après-midi

Comme c'est le dernier jour de notre voyage de pêche, pendant la sieste des guides, Klaus Frimor et moi décidons de partir faire des photos quelques kilomètres en aval du pont. André est venu avec nous pour pêcher. Klaus le dépose en lui disant où pêcher, et nous gagnons un endroit où une berge abrupte empêche normalement de lancer à la mouche. Le but de cette séance de photos est de montrer le Underhand Cast, ce lancer suédois mis au point par Göran Andersson, dont Klaus fut l’un des élèves les plus doués : il est aujourd’hui instructeur, et l'un des meilleurs lanceurs au monde. Ces photos, je les ai placées sur une page spéciale décrivant le Underhand Cast. Je vous conseille d’aller la voir car ces photos remettent en question notre façon de lancer, et démontrent que précipitation, force et gesticulation ne sont nullement nécessaires pour lancer loin… même là où la pêche à la mouche semble impossible.

Pendant cette séance de photos, Klaus a raté une truite de mer ! Quand nous le reprenons, André nous dit avoir pris une petite truite de mer.

Vendredi 24 février, soir

C’est Claudio qui nous guide en cette dernière soirée de notre voyage de pêche.

Il nous emmène sur le pool où nous avions pêché lundi matin avec Juan Carlos. Nous n’y avions rien pris, et je n’y ai jamais rien pris. Mais je sais qu’il sait déjà pris des truites de mer là, alors rien ne sert de désespérer. Ce sont nos dernières heures de pêche, ce n’est pas le moment de perdre le moral.

Le temps est menaçant, mais malgré de gros nuages dans le lointain, il y a toujours du soleil… et du vent. Claudio place André tout en amont du pool. Puis il me place plus bas. Je dois poser la mouche le plus près possible de la berge d’en face, laisser la mouche plonger, puis la récupérer doucement en l’animant. Le courant est assez fort près de la berge opposée. En fait, la rivière est assez étroite, mais juste en aval de ma position, elle s’élargit vers la droite pour former un mort assez profond. Les poissons, quand il y en a, se tiennent contre la berge opposée ainsi que, éventuellement, à la limite du courant et du mort.

Disons tout de suite que pour bien pêcher la berge opposée, la plus intéressante, ce n’est pas facile. La distance n’est pas très importante, mais poser la mouche au ras de la berge opposée avec un bas de ligne de plus de 5 mètres et pas mal de vent, relève du challenge. Claudio m’a conseillé une Montana casquée, et d’utiliser la technique de pêche préconisée par Juan Carlos lundi matin : récupérer en tricotant la soie.

Je m’applique, mais tantôt la mouche n’arrive pas suffisamment contre la berge, tantôt trop loin, ou encore trop en amont, ou trop en aval, au gré des rafales de vent en fait. Je ne ferai rien dans ces conditions, c’est sûr. Je jette un œil à André qui semble s’appliquer lui aussi. Claudio fait la navette entre lui et moi. Je lui dis de prendre mon Canon et de faire des photos. Il le met en bandoulière et me conseille d’insister, il y a sûrement une truite de mer dans les parages. Bien sûr…

C’est le dernier jour, dans quelques heures notre voyage de pêche sera fini, il faut que j’insiste et que je m’applique. Petit à petit, j’ai l’impression de mieux pêcher, de m’habituer au secteur et aux conditions. Il faut tirer plus loin et vers l’aval pour avoir le temps de faire un mending amont, afin de replacer la soie avant qu’elle ne soit entraînée par le courant assez fort qui se trouve entre la berge d’en face et moi. Il faut retarder la traction de la soie par le courant, ralentir la dérive de la mouche. Je suis content, car j’y arrive de plus en plus régulièrement, et j’ai l’impression de bien pêcher. Impression seulement, car pour en avoir la confirmation, il faudrait encore avoir une…

Touche ! Je n’en reviens pas. Un poisson a pris ma mouche ! Et il se débat bien : c’est sûrement une truite de mer. Je ne pense pas qu’elle soit bien grosse, car sa défense n’a tout de même rien à voir avec celle de ce matin ou d’hier soir. Mais c’est une truite de mer. Claudio a un sourire jusqu’aux oreilles. Il prend des photos. “Bien joué Thierry !” me lance-t-il. Petit à petit, je parviens à sortir la truite de mer du courant, mais dès qu’elle sent le mort, elle repart de plus belle. Finalement, je parviens à la faire glisser sur les cailloux dans très peu d’eau, et à l’échouer. Ce n’est pas un gros poisson, mais c’est une truite de mer quand même. Je suis content. Claudio aussi, ça se voit.

André continue de pêcher, mais il n’a pas de touche. Claudio propose que nous changions de pool, et que nous finissions la soirée sur ce pool en bas du parcours, où André a bien réussi les deux fois où nous y sommes allés cette semaine. Cette perspective lui remonte le moral. C’est sûr, on va en faire là-bas !

Chemin faisant, nous voyons de gros nuages sombres déverser leur rideau de pluie dans le lointain. Ce n’est pas encore pour nous, mais ça pourrait bien arriver. Il est encore tôt quand nous arrivons sur le pool. Claudio nous propose de boire et manger quelque chose avant d’attaquer la pêche. Ce serait une erreur de commencer trop tôt, surtout que c’est le dernier pool que nous allons pêcher. Après la collation, nous prenons le chemin du champ de bataille. Pendant que nous buvions un café, Claudio s’était approché de la berge discrètement pour regarder dans la rivière s’il voyait des poissons au niveau du virage : rien ! Inutile d’y pêcher, nous allons directement là où c’est le meilleur.

Comme André accuse un léger retard sur moi, côté poissons, Claudio me place à l’aval du pool, là où j’avais tout de même perdu une truite de mer l’autre jour, et il emmène André plus en amont, là où il avait pris tous ses poissons.

Je lance, lance et relance, mais j’ai du mal à retrouver mes marques : le vent ne souffle pas du même côté, je l’ai de face et il est assez fort. J’ai bien du mal à poser ma mouche contre la berge, de l’autre côté de la rivière. Et je sens le doute m’envahir : les conditions ont changé ! Ces gros nuages et ce vent annoncent une dépression. Il fait plus frais. Et je ne serai pas étonné que les poissons soient calés, ou en train de migrer. En tout cas, je ne vois aucune activité de surface, contrairement aux fois précédentes, et je n’ai pas la moindre touche. Mais il est vrai aussi que je n’ai pas la meilleure partie du pool. André ? Je regarde vers l’amont, je le distingue avec Claudio dans la pénombre qui commence à franchement s’installer. Il n’a pas l’air d’avoir d’action non plus… On ne fera rien ! J’en suis persuadé.

Je vois Claudio marcher rapidement vers moi. Il me fait signe. Je rembobine. Il me rejoint. “Viens, tu vas essayer le haut à présent. André n’a rien fait pour le moment, mais il est un peu descendu et ça vaut le coup de tenter le haut du pool à nouveau.” Mais j’ai beau essayer, essayer et essayer, toutes les mouches, rien n’y fait.

C'est fini. La nuit tombe. C'est toujours à regret que je me résigne à cesser de pêcher le dernier jour d'un voyage de pêche. Je garderai un excellent souvenir de ce merveilleux séjour. Il me reste maintenant à emballer mes affaires. Demain matin, un mini-bus nous emmènera à l'aéroport de Rio Gallegos, direction Buenos Aires pour un retour à la civilisation. Nous y passerons la soirée et la journée du dimanche. Puis ce cera un vol pour Washington, que nous visiterons le lundi. Changement d'hémisphère, changement de saison : nous quitterons l'été pour revenir en plein hiver. Et lundi soir ce sera le vol retour pour Paris, où nous arriverons mardi matin. Avec la neige ! Il ne nous restera bientôt plus que les bons souvenirs de ce séjour, en attantant notre prochain voyage de pêche.


Adieu, joli poisson... Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
Adieu, joli poisson…
Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Claudio N Martin)
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