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 André Rivière aux prises avec une truite de mer prise à la mouche Rio Gallegos, Patagonie, Argentine. (Photo Thierry Willems)
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Mercredi 22 février, matin
C’est Diego qui nous emmène pêcher aujourd’hui. Le temps est toujours aussi magnifique. Malheureusement… Nous pêchons l’amont du parcours, mais à part une faRio prise par André, nous ne faisons rien.
Plus tard, nous descendons et pêchons entre Kitchen et 75 où nous étions lundi soir, avec Klaus. André pêche en amont, là où il avait eu toutes ses touches. Je pêche plus bas. Mais il n’y a pas la moindre activité, en dehors de celle de quelques oiseaux. André prend quand même une belle faRio. Mais ce n’est pas le but. Bredouille à la truite de mer, ce qui n’étonne pas Diego : avec ce temps-là, ce secteur n’est productif que tard le soir.
Mercredi 22 février, après-midi
Le vent nous a dissuadés d’aller pêcher pendant la sieste. Pollo vient nous chercher à 17h30. Nous allons pêcher en amont du pont. Il s’arrête bien en aval de là où j’avais pris une truite de mer la veille, avec Juan Carlos. Il y a deux bras de rivière, dont un quasiment mort en rive droite, où nous pêchons.
Il y a beaucoup de vent. André attaque l’amont, moi l’aval. Assez rapidement, André se retrouve avec un joli poisson qui lui livre une belle bagarre. Mais après, et malgré nos efforts, nous ne touchons plus rien.
Pollo nous emmène plus haut sur la rivière. J’ai l’impression de sombrer, car je veux aller partout sauf là où Pollo nous emmène. Je sais qu’il peut y avoir des truites de mer là où il nous emmène, mais ce n’est pas le meilleur du parcours, loin s’en faut. J’aurais préféré pêcher l’aval du pont, bien meilleur à mon avis. Nous pêchons avec soin le secteur, mais ni André ni moi ne touchons le moindre poisson. Et il commence à se faire tard. Pollo nous emmène alors à l’aval de la zone qui nous est allouée. Près de la barrière où nous avions réussi dimanche soir.
Quand nous y arrivons, il se fait déjà tard. Et la température a chuté… Quant au vent, il faiblit mais il nous est toujours hostile. Malgré nos efforts, nous ne touchons rien. Mais nous n’avons pas vu beaucoup d’activité, ceci expliquant peut-être cela.
C’est donc une journée de bredouille qui s’achève pour moi. En y réfléchissant, l’analyse est simple.
Le matin, nous avions un bon secteur à pêcher. Mais ce secteur est surtout bon le soir, ou dans des conditions météos différentes. Avec un grand soleil et presque pas de vent, les truites de mer, méfiantes et craintives, ne se sont pas montrées.
Le vent, tous les pêcheurs à la mouche le craignent quand ils vont en Patagonie. Ils en ont entendu parler et ils savent que le vent peut être tellement fort qu’il devient pratiquement impossible de pêcher. “Pratiquement”, ça ne veut pas dire “totalement”. Avec une connaissance suffisante de la rivière, il est souvent possible de trouver un coin où le vent sera moins gênant, où il sera possible de pêcher. Pour qu’il soit totalement impossible de pêcher, il faut que le vent soit tel que la soie ne se pose pas sur l’eau. Ça arrive… Mais c’est plus rare. En règle générale, le vent aide. Il aide tout d’abord à rider la surface de l’eau. Le poser de la soie et de la mouche gagne alors en discrétion. Le pêcheur lui-même est moins visible quand la surface de l’eau est ridée que lorsqu’elle ressemble à un miroir. Le vent, quand il est dans le dos, aide à lancer plus loin et à couvrir des postes autrement plus difficiles à atteindre. Quand il n’est pas dans le dos, le vent aide… à apprendre à lancer ! Comment faire pour lancer quand un vent fort souffle de la droite et qu’on est droitier ? Il faut apprendre à pêcher de la main gauche, ou apprendre à lancer dos à la rivière. Autrement, on se prend la mouche. Le vent n’est pas un ennemi si l’on apprend à faire avec.
L’après-midi, nous avions un bon secteur. Après un bon début, pour André en tout cas, le guide nous a emmenés là où nous n’avions pas envie d’aller. D’un autre côté, le guide connaît la rivière mieux que nous. S’il nous emmène quelque part, il faut croire qu’il a ses raisons. Et il est important de le croire car on pêche mieux quand on a confiance. Bien sûr, quand on ne fait rien, il est facile de dire que c’est parce que le guide ne nous a pas emmenés là où il fallait. Mais il arrive aussi qu’il nous emmène là où l’on voulait aller, et que l’on ne fasse rien. Exemple : la fin de soirée près de la barrière. Nous y sommes arrivés gonflés à bloc, mais les conditions avaient changé : nous n’avons rien fait. Il faut faire confiance au guide, car son but, c’est de nous faire prendre du poisson, et le plus possible. Mais il ne faut pas hésiter à discuter avec le guide non plus, quand on a un sentiment contraire au sien, une envie particulière de pêcher un endroit spécifique. Le moral : voilà bien ce qu’il faut toujours avoir pour pêcher la truite de mer. Même quand c’est difficile, il faut s’entêter, ne pas renoncer. C’est comme ça qu’on peut faire plus et qu’on apprend.
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 Pollo et la truite de mer qu'André Rivière a prise à la mouche en cette fin d'après-midi Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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