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 Pêche à la mouche sur le Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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Bonjour ami pêcheur.
Je possède une canne à mouche de 9.6 pieds avec une soie de 5. Je trouve que je dois forcer les lancers pour n'obtenir que des distances ridicules avec un poser affreux (tire-bouchons, perruques, etc.). Est-ce que je peux descendre la grosseur de la soie, notamment en utilisant de la 4, ou existe-t-il un autre remède ?
Laurent B.
Vous avez des difficultés pour lancer et pour poser la mouche. Le matériel est la première chose à laquelle on pense quand on ne parvient pas à lancer la mouche comme on veut. Alors, on se met à la recherche de la meilleure canne à mouche, parfois aussi de la meilleure soie. Mais, en réalité, les problèmes rencontrés peuvent avoir une toute autre origine : la technique.
Quel matériel pour ne pas se tromper ?
Je vends la marque Loop et vous vous doutez bien que je conseille bien entendu tout autant les cannes, les soies et les bas de ligne Loop, que les moulinets Loop. Vous allez aussitôt me répondre qu'il existe bien d'autres marques de matériel mouche et que, somme toute, dans leur majorité, les pêcheurs à la mouche ne pêchent pas avec du Loop, et que chaque élément de leur équipement est d'une marque différente, ce qui permet d'allier la meilleure canne au meilleur moulinet, à la meilleure soie et au meilleur bas de ligne. Le problème est que la canne, le moulinet, la soie et le bas de ligne forment un ensemble qui doit s'harmoniser. Et qu'à moins d'être un spécialiste, cela risque de ne pas être chose aisée.
Ce qui distingue Loop c'est que les gens qui travaillent chez Loop sont, avant tout, des pêcheurs à la mouche. Ils comprennent ce qu'il faut et ils cherchent à le réaliser. Il n'est pas nécessaire d'établir un dialogue entre le pêcheur et le fabricant quand le fabricant est lui-même pêcheur… Et ça, chez Loop, ça se sent : c'est du matériel de pêche fait par des pêcheur pour des pêcheurs. Certes, Loop ne fabrique pas tous les produits vendus sous la marque Loop. Les soies par exemple sont fabriquées par d'autres. Mais il y a des gens chez Loop qui savent ce qu'ils veulent obtenir, et comment l'obtenir. Le fabricant n'a plus qu'à fabriquer ce que Loop lui demande de fabriquer. C'est tout de même mieux que lorsque le fabricant propose différents produits parmi lesquels le responsable achat de la marque ne peut que choisir celui qu'il préfère.
Tout cela fait que si vous choisissez une canne Loop avec la soie Loop recommandée pour cette canne, avec le moulinet Loop adapté à cet ensemble, et le bas de ligne Loop conseillé pour la soie et la taille de la mouche, vous serez sûr de ne pas vous tromper. Si un tel ensemble ne fonctionne pas, cela ne viendra pas d'un problème de matériel, mais d'un problème de technique.
Quelle technique pour ne pas se tromper ?
Ce qui me permet de soulever le problème de votre technique de lancer, c'est votre question. Si vous aviez une bonne technique de lancer, vous n'auriez pas de problème de distance et de poser, ou vous sauriez que vous avez un problème de matériel. Diminuer le poids de la soie ne servirait à rien dans votre cas. Il vaudrait même peut-être mieux monter d'un numéro et ralentir le geste, ne surtout pas forcer les lancers. Malheureusement, vous n'êtes pas le seul à rencontrer des problèmes de technique. Si vous regardez des pêcheurs à la mouche en train de lancer, vous vous rendrez vite compte qu'il y a à peu près autant de styles de lancer que de pêcheurs. Pourquoi ? Sans doute parce que nombreux sont les pêcheurs à la mouche à qui on n'a jamais appris à lancer. Et ceux qui apprennent aux autres à lancer n'ont pas toujours eux-mêmes appris à lancer…
Prenez la photo en haut à droite. Un super lanceur ? Oui, si l'on veut. Le résultat est là, mais c'est parce que le pêcheur est très expérimenté et qu'il a développé sa propre technique, au prix d'efforts énormes. Son bras droit complètement en extension en atteste. Avec moins d'expérience, le pêcheur de la photo du milieu s'en sort moins bien : bras droit aussi complètement en extension, la boucle de la soie s'affaisse et la mouche menace de se prendre dans la soie ou le bas de ligne, avec le risque de nœud que cela comporte. Avec un geste de grande amplitude, il est très difficile de parfaitement contrôler la position du bras et du poignet tout au long du lancer. C'est difficile et fatigant. Le premier pêcheur passe sans doute beaucoup plus de temps que le second à pêcher à la mouche. Heureusement, la technique n'empêche pas toujours de prendre du poisson… Généralement, elle ne fait que gêner.
Attention, je ne suis pas en train de vous dire que je déroge à cette règle. J'ai moi-même appris à lancer tout seul. De temps en temps, certains m'ont appris certains trucs, d'autres ont essayé de corriger mes défauts. J'ai encore plein de défauts, mais j'ai peut-être aujourd'hui un avantage : je connais mes défauts, et je sais ce qu'il faut faire. Et je ne désespère pas qu'à force d'entraînement, je parviendrai petit à petit à corriger mes défauts et à améliorer ma technique de lancer.
Comment puis-je connaître la bonne technique si je ne la possède pas ? Tout simplement parce qu'elle m'a été expliquée et démontrée. Par des instructeurs scandinaves de chez Loop, bien sûr. Il est bien difficile d'expliquer par l'écrit un mouvement, ou plus exactement un enchaînement de mouvements.
On enseigne généralement que, pour lancer à la mouche, il faut arrêter la canne en arrière à 13 heures, et en avant à 10 heures. C'est sans doute vrai, mais très insuffisant.
La vitesse
La première chose que les instructeurs de Loop m'ont apprise, surtout Göran Andersson, est que l'ennemi du lanceur, c'est la vitesse. Quand on lance, et c'est encore plus vrai quand on apprend, il faut avoir un geste lent. Si la canne est bonne et chargée comme il faut par la soie qui lui convient, prolongée du bas de ligne qu'il lui faut, la canne doit faire le travail sans que le pêcheur soit, à aucun moment, obligé de forcer. Quel est l'avantage d'avoir un geste lent ? Cela permet d'avoir le temps de sentir et de comprendre ce qui se passe. Cela permet aussi de modifier le lancer pour changer la direction du lancer, voire de faire des lancers avec un poser à droite ou à gauche pour contourner un obstacle, par exemple.
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 Pêche à la mouche sur le Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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La tenue de la canne
La seconde chose, c'est la tenue de la canne. Certains conseillent de placer le pouce sur le dessus de la poignée, d'autres l'index. Qui a raison ? Personne ! Les instructeurs de Loop conseillent de tenir la poignée de la canne comme vous tenez une poignée de moto ou de vélo ! Tenez-vous le bras le long du corps, la canne à l'horizontale, le scion pointant même un peu vers l'eau, et dégagez le moulinet légèrement vers l'extérieur, au moins quand vous débutez : c'est pour vous éviter d'utiliser votre poignet lors du lancer.
La main qui tient la canne
Ensuite, le geste est le suivant : relevez lentement l'avant-bras, coude collé au corps, jusqu'à ce qu'il atteigne une position horizontale, pour décoller la soie. Puis, sans temps d'arrêt, continuer à relever l'avant-bras en accélérant le mouvement jusqu'à ce qu'il vienne en butée contre votre arrière-bras, contre le biceps, et vous bloquez le mouvement, toujours coude collé au corps. Ce blocage est extrêmement important pour actionner la canne qui fait alors toute seule le reste du travail. Si vous avez gardé le poignet raide, votre canne devrait être à la position 13 heures, ou à peu près. A ce moment, et c'est l'un de secrets de ce lancer, alors que la soie file en arrière, vous l'accompagnez lentement en relevant le coude verticalement, jusqu'à ce que les doigts de votre main puisse toucher votre oreille. Oui, votre canne file alors à plus de 13 heures. Arrêtez le mouvement arrière, vous sentez la soie tirer en arrière. A ce moment, abaissez le coude pour le ramener le long du corps, ainsi que l'avant-bras pour le ramener à sa position horizontale, sans bouger le poignet qui doit rester absolument raide.
La main qui tient la soie
Facile n'est-ce pas ? Bon, pas tant que ça, car j'ai volontairement oublié de vous parler du travail de la main gauche… Or la main gauche et le bras gauche (pour les droitiers, les gaucher inverseront) ont un rôle fondamental à jouer. En effet, le mouvement du bras droit est, comme vous pouvez le constater, très limité. Et sans l'action de la main gauche, il ne vous permettrait pas de lancer bien loin. La faible amplitude de mouvement du bras droit est utile pour faciliter le contrôle des mouvements de la canne et atteindre une bonne précision. Vous comprenez facilement qu'en décollant votre coude du corps, en le levant de côté, puis en étendant loin en avant tout le bras, comme on voit faire de nombreux pêcheurs, il devient plus difficile de contrôler la trajectoire de la canne, pourtant nécessaire pour assurer la précision du lancer et permettre d'allonger le tir. Certains y parviennent, mais c'est au prix d'efforts considérables et d'une grande maîtrise de soi difficile à acquérir. Si, au contraire, vous limitez volontairement l'amplitude des mouvement du bras droit, si vous gardez le bras le long du corps, vous dépensez moins d'énergie, vous êtes plus facilement plus précis, et vous fatiguez nettement moins votre bras droit.
Le travail de la main gauche alors ? C'est la double-traction. Oh, je sais, beaucoup ne la pratiquent pas, certains la critiquent même, bien sûr parmi ceux qui ne la pratiquent pas. Pourtant le mouvement est simple, et il n'a que des avantages. C'est lui qui accélère la soie, et qui soulage le bras droit. La double-traction est facile à montrer, difficile à expliquer. Au départ, votre bras droit est le long du corps, canne horizontale ou pointant légèrement vers l'eau. Votre main droite se trouve alors près du moulinet, le coude de votre bras gauche est donc plié. A mesure que vous relevez votre avant-bras droit, vous dépliez votre bras gauche vers le bas jusqu'à être en extension, bras le long du corps, dans un mouvement assez sec. Ce mouvement de la main gauche va considérablement faire plier la canne et aider à décoller la soie de l'eau et à la propulser vers l'arrière. Puis, de même que vous levez le coude droit pour accompagner la soie qui file en arrière, vous accompagnez la soie de la main gauche en la remontant lentement jusqu'à une position proche du moulinet. Au même moment que vous effectuez le lancer avant avec le bras droit, vous ramenez rapidement votre bras gauche vers le bas jusqu'à ce qu'il se retrouve en extension, le long du corps, et vous ouvrez alors les doigts de la main gauche qui tenaient la soie, pour la laisser filer. Facile, non ? Bon, pour bien faire la double-traction, il faut aussi tenir correctement la soie. J'en vois qui la pincent délicatement du bout des doigts, entre pouce et index. Ceux-là n'y arriveront pas. La soie se pince en fait entre pouce et creux de l'index, entre la deuxième et la troisième phalange. Ainsi, quand vous décoller le pouce de la soie, la main gauche guide la soie qui glisse contre elle comme à l'intérieur d'un anneau. Ce n'est que lors du shoot final que vous pouvez complètement ouvrir la main gauche afin de supprimer tout frottement de la soie contre la main, ce qui la freine. Vous avez compris qu'inversement, en n'ouvrant pas complètement la main gauche lors du shoot final, vous conservez un meilleur contrôle sur la soie, afin justement de la ralentir et d'obtenir un poser délicat et précis là où vous le souhaitez. La double-traction n'entraîne pas forcément un poser bruyant sur l'eau, contrairement à ce que certains prétendent. Elle accélère simplement la soie et permet de réduire l'amplitude et la force à déployer avec le bras droit. Rien n'empêche ensuite de freiner la soie avant qu'elle ne touche l'eau. Cette méthode de lancer va vous apprendre à shooter, et à sortir moins de soie avant de shooter. Vous pourrez donc pêcher dans des endroits où vous n'avez pas beaucoup de recul pour déployer la soie en arrière.
Une meilleure technique de lancer
Cette technique de lancer n'est pas simple à acquérir, car si elle semble très naturelle quand on la voit, elle ne l'est absolument pas pour celui qui est aux commandes. Comme me le faisait remarquer un des instructeurs de Loop, depuis l'Age de Pierre, l'homme sait lancer un caillou, et il se sert pour cela de son bras et de son poignet. Pour faire un bon lancer mouche, il ne faut plus utiliser le poignet, et ça, ce n'est pas simple car pas naturel. Pourquoi ne faut-il pas utiliser le poignet ? Parce que si vous utilisez votre poignet, vous allez pousser sur la canne. En poussant sur la canne, vous allez nuire à son action, et n'utiliser qu'environ 75% de son potentiel. Au lieu de plier depuis le talon, la canne ne va commencer à plier que bien plus haut. Si vous gardez le poignet bien raide, et si vous double-tractionnez, au lieu de pousser sur la canne, vous allez lui tirer dessus, et la faire plier dès la poignée, en utilisant de ce fait 100% de son potentiel. En poussant sur la canne, vous risquez d'ouvrir la boucle de la soie, ce qui nuit à sa pénétration dans l'air, et donc à la distance et à la précision du lancer. En poussant trop dessus, lors du shoot final par exemple, vous risquez d'assister à un affaissement de la soie, à une boucle de queue comme la décrive les Anglais. La mouche risque alors de se prendre dans la soie ou dans le bas de ligne, et de faire un nœud, sur le bas de ligne. En tirant sur la canne, vous allez au contraire serrer la boucle et éviter l'affaissement de la soie.
Foutaise ! Il y en a qui ne lancent absolument pas comme ça et qui lancent super loin, allez-vous me dire. Oui, ils y arrivent, ils lancent loin et bien. En apparence… Car ils oublient de vous dire que s'ils doivent lancer loin toute la journée, ils seront bien fatigués le soir. Et ils ne tiennent pas compte des mouches qu'ils perdent lors de leur lancer arrière, ou des hameçons qu'ils cassent en tapant derrière. Bien entendu, il y a des fois où vous ne voudrez pas serrer la boucle autant. Mais il est plus facile de desserrer la boucle quand on a l'habitude de la serrer, que de la serrer quand on a l'habitude de l'ouvrir. Parce que celui qui serre habituellement la boucle est en principe un bien meilleur lanceur que celui qui l'ouvre. Ensuite, cette technique de lancer, cette maîtrise du bon mouvement, est absolument nécessaire pour vous permettre d'évoluer plus tard. Car si le lancer droit est le lancer de base dont tout le monde se sert, il existe aussi un autre lancer très utile, et ignoré de la plupart des pêcheurs, le Underhand Cast, qui est une forme de rouler shooté avec changement de direction. Ce lancer permet de pêcher à la mouche partout, même avec un mur ou des arbres dans le dos, aussi bien en sèche qu'en noyée, avec des cannes à une main qu'avec des cannes à deux mains. Pour y parvenir, il faut une bonne maîtrise de la technique… et un matériel parfaitement adapté.
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 Une truite de mer du Rio Gallegos, Patagonie, Argentine.
(Photo Thierry Willems)
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