|
 André Rivière et une truite de mer du Rio Gallegos, Patagonie, Argentine
(Photo Thierry Willems)
Clic pour agrandir
|
Après avoir lu avec attention votre site, j'aurais voulu connaître votre avis concernant l'équipement d'un débutant. En effet je souhaiterais débuter la pêche à la mouche mais je suis un peu perdu dans le choix du matériel.
Je souhaiterais pêcher dans des rivières relativement étroites (20 m max) en recherchant les poissons suivant : truite, alose et truite de mer essentiellement. J'aurais en fait besoin d'un matériel polyvalent. Frédéric M.
La pêche à la mouche, quand on envisage de débuter, peut tourner au casse-tête tant il existe de matériel, de marques, de cannes de longueur et de puissance différentes. Que choisir ?
Comment choisir son matériel de pêche à la mouche ?
Il est pourtant assez simple de répondre à ce genre de question, à condition d'être soi-même pêcheur à la mouche, à condition de pratiquer dans différents endroits, à condition de rechercher différents poissons, à condition d'avoir la facilité de pouvoir essayer et acheter tout ce que l'on veut. Autant dire que pour la plupart des pêcheurs à la mouche, ça n'est pas si simple.
Pour moi, ça l'est davantage. Mais mon statut de professionnel fait que certains doutent de ce que je peux dire ou écrire, et préfèrent écouter n'importe qui pourvu que ça ne soit pas un professionnel de la pêche à la mouche. Parce qu'ils sont persuadés que le professionnel va essayer de leur fourguer ce qu'il a, alors que le véritable amateur, n'ayant rien à vendre, n'a aucun intérêt : son avis sera considéré comme plus objectif. Dans certains cas, cela pourra être vrai. Dans d'autres, ça ne le sera pas, parce que pour que l'avis de l'amateur soit bon, encore faut-il qu'il connaisse bien la question, ce qui n'est pas certain.
Pour avoir pêché à la mouche dans différents pays (France, Angleterre, Pays-de-Galles, Ecosse, Irlande, Norvège, Suède, Russie, Islande, Etats-Unis, Argentine), pour avoir rencontré quantité de pêcheurs à la mouche et pêché avec certains d'entre eux, des plus anonymes aux plus illustres, je peux vous dire qu'on a parfois des surprises. J'ai ainsi rencontré des anonymes excellents lanceurs et pêcheurs à la mouche, très pointus sur le matériel et le montage des mouches, tout comme j'ai rencontré des gens bien plus connus et pourtant bien moins bons. Ce n'est pas toujours l'habit qui fait le moine. Je me souviens d'avoir rencontré un club mouche dans lequel le président était un bien piètre lanceur. C'était pourtant lui qui conseillait les autres, et les autres, sans doute encore moins bons, l'écoutaient manifestement. Quand j'ai pris la canne des mains du président et que j'ai fait quelques lancers, le président a essuyé quelques réflexions…
Je n'ai pas la prétention d'être moi-même un très bon lanceur, parce que des très bons lanceurs, j'en ai rencontrés quelques-uns, et peut-être bien les meilleurs lanceurs au monde. Comme, par exemple, Göran Andersson ou surtout Klaus Frimor, ancien élève de Göran, devenu lui-même instructeur, avec qui j'ai eu la chance de pêcher. Et je trouve toujours cela amusant de rencontrer des gens qui jugent le matériel d'une façon tellement objective, alors qu'on pourrait, du fait de leur statut, penser le contraire. Ils sont objectifs parce qu'ils sont à l'origine du matériel avec lequel on pêche. C'est à eux que l'on fait appel pour mettre au point une canne, une soie ou un bas de ligne. Et le matériel qui est fabriqué, même par la société pour laquelle ils travaillent, ils le jugent, et ils le jugent de façon objective. Et je peux vous dire que quand ils essaient une canne ou une soie, ils se fichent pas mal du prix du matériel : ils ne s'intéressent qu'aux performances. L'aspect commercial ne les effleure même pas. Mais ce que j'ai aussi remarqué, c'est l'extrême attention qu'ils portent à l'équilibre de l'ensemble : la soie par rapport à la canne, et le bas de ligne. Une excellent canne ne vaut rien sans la soie qui va avec. Et le tout peut être gâché par un mauvais bas de ligne. Je n'ai jamais entendu parler autant de l'importance du bas de ligne que par eux.
Mais revenons à nos poissons. Quand on veut choisir un équipement de pêche à la mouche, on doit se poser plusieurs questions. Quel poisson ? Comment ? Dans quelles conditions ? Et là, on se heurte à une considération bassement matérielle : comme on ne peut pas tout acheter, on a besoin d'un matériel polyvalent, d'un matériel qui va pouvoir tout faire. Il va donc falloir faire des compromis. Mais c'est tout de même possible.
Le poisson
S'agissant de poissons d'eau douce, ou de migrateurs pêchés en eau douce, on peut grossièrement regrouper les cannes par puissance.
- Puissance 0 à 7 : truite et ombre, ainsi que la plupart des poissons blancs.
- Puissance 6 à 9 : truite de mer, black bass, brochet, saumon avec des cannes à une main.
- Puissance 7 à 11 : saumon, steelhead avec des cannes à deux mains
La mouche
Les mouches varient en taille, volume et poids. Contrairement à la pêche au lancer où c'est le poids du leurre qui permet de lancer, ou du plomb qu'on lui adjoint, dans la pêche à la mouche c'est la soie (la ligne) qui constitue le poids. La mouche n'aide pas à lancer, au contraire pourrait-on même dire. Par conséquent, en fonction de la mouche, on va être amené à utiliser une soie plus ou moins lourde, donc une canne plus ou moins puissante, puisque la numérotation des cannes va de pair avec celle des soies. On peut donc résumer ainsi :
- Soie de 0 à 2 : mouches sèches de très petite taille.
- Soie de 3 à 4 : mouches sèches et noyées jusqu'à l'hameçon de 12.
- Soie de 5 à 6 : mouches sèches et noyées jusqu'en taille 8, petites nymphes, lestées ou pas.
- Soie de 7 à 8 : streamers, grosses nymphes lestées, mouches à truite de mer, petites mouches à saumon.
- Soie de 9 et plus : mouches à saumon.
Les conditions
Elles vont notamment déterminer la longueur de la canne. Par conditions, j'entends lieu de pêche et vent.
Sur des petits cours d'eau étroits et encombrés, on utilisera plus volontiers des cannes dites courtes, c'est-à-dire de moins de 9' de long, soit moins de 2.70m.
Sur des rivières normales à grandes, une canne à mouche de 9' passera bien. Une canne plus courte aussi, à condition de pouvoir entrer dans l'eau et s'approcher du poisson.
Sur des grandes rivières, où il est nécessaire de lancer loin parce qu'on ne peut pas toujours marcher dans l'eau et s'approcher du poisson, une canne de 9'6 environ peut aider. Idem pour la pêche en réservoir.
Pour pêcher en mouche noyée classique, une canne longue de 10 à 11' permet un meilleur contrôle de la dérive des mouches. Même chose pour pêcher en eau rapide, une canne longue limite la longueur de soie sur l'eau, et réduit par conséquent le dragage de la mouche. La canne Loop Grey Line de 11' pour soie de 3 est vraiment reine en la matière.
Pour pêcher en réservoir du bord, une canne longue de 10' réduit les risques d'accrochage dans les hautes herbes situées derrière le pêcheur, et aide à lancer vite très loin.
Le vent, c'est l'ennemi du pêcheur à la mouche. C'est ce qu'on entend habituellement. Allez pêcher la truite de mer sur le Rio Gallegos, en Patagonie Argentine, et vous verrez que l'absence totale de vent peut être pire encore : le vent ride la surface de l'eau et facilite l'approche de poissons craintifs. Disons que les soies de 0 à 4 ne sont pas conseillées quand il y a du vent. Avec une soie de 5 ça commence à aller mieux. A partir de la soie de 6, ça va nettement mieux.
Un matériel mouche polyvalent
Comme vous le voyez maintenant, la canne à tout faire n'existe pas. Mais en tenant compte de ce que je viens d'écrire, vous pouvez procéder par élimination pour choisir votre canne.
Les poissons que vous allez rechercher sont la truite, la truite de mer et l'alose. Il est préférable d'éliminer les cannes de puissance 5 et moins, qui ne conviennent pas vraiment à la truite de mer et à l'alose. D'un autre côté, si vous envisagez de pêcher la truite de rivière en mouche sèche, vous devez éliminer les cannes de puissance 7 et plus. Reste donc la puissance 6. Et c'est comme par hasard, la puissance la plus vendue dans le monde, France exceptée où la puissance la plus vendue reste la 5, loin devant.
Pour la longueur, dans la mesure où vous débutez, je ne vous conseille pas de prendre ni plus court ni plus long que 9' (2.70m). C'est la longueur passe-partout, même en France. Et ça n'est pas pour rien que les cannes Loop premier prix (Loop Adventure) sont des 9'.
Si vous voulez un matériel polyvalent pour débuter, dans votre cas je vous conseille de prendre une canne Loop Adventure de 9' pour soie de 6 ; un moulinet Loop Evotec CLW 5eight (5-8 si vous préférez), noir ou, mieux, transparent si vous voulez un moulinet plus léger et pratiquement incassable ; une soie Loop Adventure WF6F, pas chère, ou mieux une soie Loop Multi WF6F, que l'on sent bien tirer grâce à sa glisse fantastique, et pas très chère non plus. Pour le bas de ligne, contentez-vous d'un bas de ligne monobrin en queue de rat, dont la résistance variera cette fois en fonction essentiellement du poisson recherché et de la grosseur de la mouche utilisée: 5X ou plus fin (6 ou 7X) pour la truite en sèche ou à la nymphe, 2, 3 ou 4X pour les grosses mouches de mai et les streamers de réservoir, 0 ou 1X pour la truite de mer et l'alose.
|
 Polyvalent, le 4x4 n'est pas partout aussi nécessaire que sur le Rio Gallegos, Patagonie, Argentine (Photo Thierry Willems)
Clic pour agrandir
|
Retour
|